Les éleveurs du Mercantour qui vivent la prédation depuis 20 ans n’en peuvent plus, et pour ceux qui sont confrontés pour la première fois aux attaques c’est la remise en cause de leurs pratiques.

Confederation Paysanne 

Monsieur le Ministre,

Lors de notre rencontre du 30 juin, notre délégation de la Confédération paysanne vous a alerté sur la situation des éleveurs confrontés à la présence de plus de 300 loups en France.

Vous nous avez écouté poliment… vous nous avez même dit comprendre le désarroi des éleveurs. La possibilité d’organiser des battues, de renforcer les moyens de protection allait, selon vous, donner des résultats. Vos réponses techniques, qui nous avaient déjà été exposées lors d’une précédente rencontre, nous renforcent dans nos positions.

Les loups gagnent du terrain et vous « gérez » ce dossier comme s’il s’agissait uniquement d’abonder l’enveloppe, et de donner des autorisations de tirs. Bientôt vous nous annoncerez peut-être des allègements de charges sociales pour les bergers salariés… Pourtant notre revendication sur le changement de statut juridique des loups méritait de la part de vos services un peu plus d’attention.

Deux mois ce sont écoulés depuis cette rencontre… A ce jour, cinq loups ont été prélevés. On dénombre 6500 victimes au 30 septembre, soit 1500 de plus qu’en 2013 à la même date. Près de 30 départements sont touchés. La situation empire, monsieur le Ministre. Les éleveurs du Mercantour qui vivent la prédation depuis 20 ans n’en peuvent plus, et pour ceux qui sont confrontés pour la première fois aux attaques c’est la remise en cause de leurs pratiques.

Alors, une fois encore, nous voulons vous alerter. Les éleveurs en système herbager et pastoraux n’ont plus la possibilité d’exercer leurs métiers. Pourtant leurs pratiques sont reconnues utiles au maintien d’écosystèmes riches de biodiversité et sont économiquement pertinentes. Parmi ces éleveurs beaucoup ont contracté des mesures agro-environnementales (MAE) pour maintenir des races menacées (Brigasque, Raïole, Caussenarde…), pour conserver des milieux ouverts, pour prévenir des incendies.

N’est-ce pas contradictoire d’encourager des pratiques par le biais d’aides publiques tout en laissant des loups « protégés » au nom de la biodiversité empêcher ces mêmes pratiques ? A cet aspect environnemental, s’ajoutent les hommes et les femmes qui vivent sur ces territoires, acteurs de la dynamique locale, acteurs économiques et qui n’en peuvent plus. Nous attendons de toute urgence des réponses politiques claires.

Vous devez désormais nous dire quel modèle agricole vous souhaitez soutenir. Des fermes-usines pour une agriculture industrielle qui laisse toute sa place au « sauvage » et à l’abandon des territoires ruraux, ou une agriculture paysanne qui recrée des dynamiques, qui entretient les paysages, garante d’une véritable biodiversité, et pourvoyeuse d’emploi ? Monsieur le Ministre, notre métier d’éleveurs herbagers et pastoraux n’existera plus dans 10 ans. A moins que des décisions « courageuses » ne soient prises rapidement.

Pour la Confédération paysanne,

Olivier Bel, Responsable de la Commission prédation, et Laurent Pinatel, Porte-parole

Le 10 Octobre 2014 a eu lieu à Poschiavo une nouvelle "Soirée d'information" au sujet des grands prédateurs. L'Office de la chasse et de la pêche (des Grisons) qui a organisé la soirée a choisi un orateur d'une région italienne qui dit être à la fois paysan et chasseur et semblerait avoir trouvé un moyen de cohabiter avec les ours. Le conférencier n'a fait que parler pendant deux heures et demie, fatiguant une bonne partie des personnes présentes avec sa rhétorique spasmodique et irrépressible.

Au fond il était à prévoir que la présentation n'aurait pour seul but que de convaincre le public que la cohabitation avec des grands prédateurs est possible. Il a essayé de différentes façons de convaincre l'assemblée que sa présentation se situait uniquement sur ​​un plan objectif. Cette objectivité aurait donc dû maintenir la conférence dans une neutralité ; au contraire, le discours est uniquement resté au niveau de la sublimation des grands prédateurs, oubliant totalement que les gens présents dans la salle attendaient un autre discours, étant conscients que les grands prédateurs sont classés comme des animaux féroces.

Paolo Molinari, le conférencier

Des fois que les habitants de Valposchiavo n'auraient pas déjà compris depuis longtemps que l'OBJECTIVITÉ EFFECTIVE est celle qui résulte de l'expérience réelle qu'ils vivent depuis trois ans avec l'ours /les ours dans la vallée, et qu'il n'existe pas à long terme de possibilité de compromis ou de coexistence pacifique avec ce grand prédateur. La même déduction doit être faite concernant les autres grands prédateurs, comme cela a été explicitement admis au cours de la discussion par le chef de l'Office cantonal de la chasse et la pêche, Monsieur Brosi, en évoquant ce qu'il définit lui-même comme la situation désastreuse des loups du Calanda (canton des Grisons également). Il n'y a que deux choses possibles, soit l'homme, soit les grands prédateurs!

 Toute responsabilité déclinée

L'Office de la chasse et de la pêche qui a organisé la soirée a décliné toute responsabilité en cas d'accident avec les grands prédateurs, en mentionnant que la balle se trouve dans le camp des hommes politiques, qui malheureusement pour le moment ignorent la question. Il est très simple de se cacher derrière une convention, de s'en laver les mains. Les résidents de l'arc alpin demandent avec insistance et à haute voix que cette convention de 1979 soit adaptée à la nouvelle situation qui a changé au fil du temps. On nous répète que non, l'ours est là et nous devons le garder. A cette occasion il a été mentionné la proximité de l'ours M25, mais en dissimulant exprès où il se trouve précisément en ce moment.

La soirée a été un échec, car il n'a été considéré que ce qui a été dit par le conférencier et rejeté ce qu'attendait véritablement le public dans la salle. Une soirée pour faire en sorte que l'Office de la chasse et de la pêche puisse prouver qu'il a fait son devoir, en informant les supérieurs de cette réunion «informative».

Au sujet de la vie et des miracles des grands prédateurs, nous en avons déjà assez entendu ; et donc la présentation a ennuyé ceux qui étaient venus pour entendre comment on doit tenir éloignés de nos territoires trop peuplés une menace qui conditionne de manière absurde la vie des montagnards. Avec arrogance, il a même été évoqué que le chercheur de champignons attaqué par un ours en Italie pouvait ou devait rester à la maison.

 La confiance dans les autorités est en déclin, parce qu'elles se complaisent béatement sur leurs chaises hautes, ignorant totalement les difficultés et les dangers que les citoyens doivent subir. La sublimation des grands prédateurs est une fraude et une escroquerie envers le peuple et il est temps maintenant d'affronter et de revoir ces lois, aujourd'hui dépassées, qui créent des conditions d'existence anormales dans les Alpes. Se retrancher derrière des lois et des conventions comme si elles étaient des obstacles insurmontables est commode et montre peu de volonté politique.

La lutte se poursuit par une invitation aux autorités à vouloir assumer l'obligation de leurs responsabilités envers le peuple.

ATsenzaGP 

Traduction par Marie

Il y a 15 ans, pour le Parc Naturel Adamello Brenta, le Projet Life Ursus représentait un ancrage pour son existence. Aujourd'hui il pourrait bien devenir la corde au cou qui en signe l'échec.

Poschiavo - 17.09.2014 - En raison d'un fort impact sur l'imaginaire collectif, l'ours est sans doute à juste titre une espèce drapeau : utiliser son image, ou en faire l'objet d'un projet de conservation, est un moyen d'attirer l'attention d'un vaste public. Partant de ces considérations, le Parc Naturel Adamello Brenta (PNAB), a choisi d'utiliser l'ours comme symbole en le mettant au centre de son logo. En relisant le document de l'Office de la Faune Sauvage du PNAB : « L'engagement du Parc pour l'ours : le Projet Life Ursus », on remarque que seule une fraction minimale de l'étude de faisabilité prévue a été réalisée et aujourd'hui le Parc se trouve à gérer plus de 40 ours avec des ressources financières épuisées. Dans le budget 2014, il n'y a que 25 000 € prévus provenant de l'Union Européenne pour la gestion de Life Ursus. Une bagatelle si l'on pense aux coûts occasionnés par un seul ours comme JJ3, M13 et maintenant M25.

Orso bruno

Promouvoir une image négative des initiatives de conservation en général et alimenter une défiance envers les institutions et, en particulier, envers le professionnalisme et la capacité opérative des organismes chargés de la gestion de la faune.

Les résultats de l'étude de faisabilité soulignent les difficultés considérables que le Projet devra affronter : « en raison des caractéristiques de l'espèce et des conditions socio-économiques de la zone d'introduction, le Projet représente probablement l'intervention de conservation active de la faune la plus ambitieuse jamais tentée en Italie (…) L'échec éventuel de l'intervention comporte des risques non seulement pour la conservation de l'espèce, mais surtout pour l'impact potentiel sur l'opinion publique, dans le sens qu'il tendrait à promouvoir une image négative des initiatives de conservation en général et à alimenter une défiance envers les institutions et, en particulier, envers le professionnalisme et la capacité opérative des organismes chargés de la gestion de la faune ». C'est ce qui se passe actuellement.

Implication de l'opinion publique intéressée

Dans les étapes obligatoires définies par l'Etude de faisabilité, il y avait l'implication de l'opinion publique : elle aurait dû être informée sur les aspects organisationnels et sur l'avancement du Projet. Sur cette base, le «Plan de diffusion» des lignes directrices indique une stratégie de communication détaillée, prévoyant une confrontation continuelle avec les citoyens, en particulier avec les «groupes d'intérêts». Mais la confrontation continuelle avec les citoyens intéressés n'a jamais eu lieu.

Gérer 50 ours avec 25 000 € ?

Le protocole admet que dans le cas où il est nécessaire de recapturer un ours dangereux, ce soit une équipe d'urgence qui tente cette recapture et, si nécessaire, transfère l'exemplaire dans un enclos spécial. Mais qui gérera les ours dans les enclos ? Et avec quelles ressources ? Actuellement il y en a déjà deux et Daniza aurait dû être la troisième. Le compte rendu effectué à l'issue de la libération dans le Parc de tous les ours capturés en Slovénie (fin 2003, 10 ours environ) montre que l'équipe d'urgence est intervenue régulièrement, devant parfois utiliser des mesures dissuasives sur les animaux, avec une moyenne d'environ 20 sorties par an. Aujourd'hui avec 40 ours il y a 80 sorties par an. Et on veut les financer avec les 25 000 € de l'UE ? Qui, par exemple, finance les sorties régulières des gardes-chasse dans le Canton des Grisons ou dans la Province de Sondrio, etc. ?

La gestion des cas critiques

Masun – Le premier cas critique que le directeur des opérations dut affronter fut le 23 août 2000 quand Masun, le premier ours réintroduit, perdit son collier émetteur à cause du système expérimental d'élargissement et de détachement. A peine plus d'un an après la libération de l'exemplaire sur le territoire du Trentin, les marques auriculaires également ne fonctionnaient déjà plus. Pour la première fois on a dû renoncer à surveiller un exemplaire par l'intermédiaire de moyens radio-télémétriques ; on a pu seulement recourir aux techniques naturalistiques, c'est-à-dire aux indices de présence. Si du point de vue de la planification du Projet la perte de contrôle direct sur les exemplaires était prévue et donnée pour acquise, du point de vue de la communication, au contraire, l'épisode a été le premier banc d'essai pour les rapports avec l'opinion publique.

Daniza à Riva del Garda – Moins d'un mois plus tard, le 20 septembre 2000, Daniza était le protagoniste d'un nouvel épisode qui mérite de retenir l'attention : l'ourse apparaît tard dans la soirée sur la terrasse d'une pizzeria à Riva del Garda. Les pompiers, avertis par les gérants, sont intervenus de suite, rapidement suivis par l'équipe d'urgence du Projet. Daniza, introduite quelques mois plus tôt sur le territoire du Parc, fut "poussée" par l'équipe composée du personnel du Parc et de la Province vers les bois voisins. Grâce à cette intervention elle rejoignit en quelques heures la zone boisée du Mont Brione, sans la nécessité d'avoir recours à des sédatifs ni à sa capture. L'épisode eut un fort écho dans la presse locale.

Gasper sur le Doss Trento – Gasper, libéré dans la Vallée de Tovel le 7 mai 2002, est parti explorer son nouveau territoire dans les jours qui ont suivi le relâchage, comme prévu. C'est ainsi que le 16 mai 2002 il rejoignit le Doss Trento, aux portes de la ville, après avoir escaladé le portail d'entrée du parc de la ville. L'action de l'équipe d'urgence et la coordination du directeur des opérations dans ce genre de situation aussi sont fondamentales pour la protection des personnes et du plantigrade. Ces premières expériences auraient déjà dû tirer la sonnette d'alarme auprès des experts : avec l'augmentation des plantigrades les cas critiques augmenteraient aussi, un signe que le projet deviendrait insoutenable à la longue, si ce n'est avec des interventions constantes et coûteuses. Jusqu'à ce jour, le Parc s'est désintéressé des cas critiques occasionnés par ses ours hors de son territoire, se lavant les mains des problèmes créés aux autres. Ce qui n'a certainement pas été une bonne politique pour l'image de la Province de Trente, qui justement attendait de ce Projet un retour d'image positif.

Une erreur basique catastrophique et incroyable des experts

Avec toutes les études effectuées par les experts qui ont introduit neuf femelles et trois mâles (qui aujourd'hui sont devenus une cinquantaine d'ours), on n'a pas pensé que le patrimoine génétique est toujours celui de départ. Les pauvres JJ3, M13 et maintenant M25 , errant chez nous à la recherche désespérée d'une ourse, ne pouvaient et ne peuvent rien faire d'autre que retourner dans leur territoire de provenance pour s'accoupler avec leur consanguins. Les épisodes d'accouplement entre consanguins n'entraîneront qu'une diminution du taux de natalité, une réduction de la survie ou une réduction de la capacité de reproduction – toutes les conséquences possibles pouvant par la suite accroître les risques d'extinction d'une population déjà réduite. C'est le seul épilogue possible d'un projet en train d'échouer. Évidemment, parmi les dizaines d'experts qui ont tiré profit de ce projet, aucun ne voudra en assumer la responsabilité. D'autant moins le directeur du Parc, qui grâce au Projet Life Ursus aussi, touche un salaire annuel de 85 000 €.

Le 1/7 dernier, avait lieu la 3ème attaque de loup en moins de 2 mois dans la vallée de la Roya. 26 brebis étaient retrouvées mortes

Le département des Alpes-Maritimes est le plus touché en France. Le préfet a donc décidé d'autoriser un prélèvement dans la zone où a eu lieu la dernière attaque.

Louis Lissero connaît très bien la montagne. Il chasse ici depuis plus de 30 ans. Mais pour la première fois, il ne poursuit pas un gibier, mais un prédateur, le loup.

Battue loup

Un berger a perdu 26 brebis dans une attaque, il y a 7 jours. Alors, dans cette partie de la vallée, tout le monde se sent concerné, A 3 heures du matin, ils sont une cinquantaine sur la place du village.

Les agents de l'Etat donnent les dernières recommandations avant la battue. Objectif : trouver les loups déjà aperçus plusieurs fois. Pierre est rabatteur; il doit tenter de faire remonter les loups vers les chasseurs postés à l'affût plus haut, sur la crête, à 2 000 m d'altitude. Ce matin, aucun loup ne sera vu, ni abattu.

Depuis le début de l'année, plus de 200 attaques ont eu lieu dans le département et aucun loup n'a été prélevé. Dès aujourd'hui, les agents de l'Etat vont positionner des pièges photographiques pour mieux comprendre les déplacements de la meute afin préparer la prochaine battue.

Source: http://france3-regions.francetvinfo.fr

L’espace alpin et le Jura occupent les deux tiers du territoire de la Suisse. Ces paysages de montagne incomparables ont marqué notre pays et l’ont rendu célèbre dans le monde entier

Il est par conséquent sans aucun doute essentiel de prendre soin d’un tel site. Mais les paysages ont davantage à offrir que leur beauté, l’expérience de la nature et la détente ; ils représentent aussi la base vitale des habitants et de leur économie.

Pour que les paysages puissent remplir leurs multiples fonctions sociales, écologiques, économiques et touristiques, ils doivent être accessibles à la population résidente et touristique. Dans les zones protégées, ces clivages sont hélas régulièrement à l’origine de conflits entre les différents groupes d’interlocuteurs.

Le souci de protection a certes grandement contribué à préserver les sites naturels, mais à terme, seul ce qui est entretenu et utilisé activement peut réellement être conservé. Il faut par conséquent renforcer l'économie et la compétitivité de la population autochtone, afin de préserver et de développer les emplois dans les régions rurales et de montagne.

 

Cela implique notamment des infrastructures en suffisance et des prestations, comme par exemple des dessertes de trafic ou l'accès aux réseaux en fibre optique. L’on risquerait sinon, en le formulant de manière un peu caricaturale, la scission du pays en une Suisse A, les régions de plaine économiquement dynamiques, et une Suisse B enclavée dans les réserves naturelles, les régions rurales et de montagne.

En signant cette pétition, nous exprimons clairement notre refus d’une Suisse à deux vitesses et la volonté de donner autant de poids à la valorisation des régions de montagne qu’à la protection. A l’avenir, l’évaluation des intérêts devrait tenir davantage compte des aspects liés à l'utilisation et aux besoins économiques de la population de montagne, tout en soulignant l’autodétermination des régions de montagne.

La population alpine a tout autant droit au développement économique que la population urbaine et elle a besoin de perspectives d'avenir. Des emplois attrayants dans ces régions contribuent par ailleurs à réduire la pression urbaine en plaine, les flux de pendulaires et le stress de la densification.

Signe cette pétition

Resumé

En Suisse, les débats au sujet du loup sont très émotionnels. Les opinions à ce sujet sont partagées : soit on est pour, soit on est contre. Cependant, ce sont avant tout les régions de montagne qui sont concernées. Dans ce cadre, il faut se demander quelle est la fonction de ces régions. Pour les pro-loups, il s’agît de promouvoir le retour à une nature proche de son état d’avant toute présence humaine. Pour les populations de montagne, les régions qu’elles occupent sont avant tout des espaces de vie dans lesquels des activités économiques sont développées ; il ne s’agit donc pas de réserves naturelles.

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Déclaration de Poschiavo pour une montagne et une campagne européenne libre de grands prédateurs


Sur invitation et à l’initiative de l'Association pour un Territoire sans Grands Prédateurs, ATsenzaGP, se sont réunis à Poschiavo / Le Prese les soussignés bergers, montagnards, spécialistes de la société et de l'économie des hautes terres, habitants et familiers des Alpes et des campagnes européennes préoccupés par le retour incontrôlé des grands prédateurs dans les Alpes dont les ombres planent sur l'avenir de la montagne, pas seulement comme lieu d’activités sportives et touristiques mais d’abord et avant tout comme lieu de vie et de travail pour ceux qui vivent et travaillent depuis toujours en montagne.

En prenant exemple sur la prise de position de AmaMont, (Association des Amis des Alpages et de la Montagne de l’Arc alpin européen), avec sa lettre du 6 août 2012 au Gouvernement du Canton des Grisons, et confortés par le fait que les plus grandes organisations de promotion et de représentation du monde alpin et rural européen en sont récemment arrivées au mêmes conclusions, en particulier :

-    le Groupe Suisse pour les Régions de Montagne, SAB, avec son document sur les loups du 21 février 2014

-    la confédération nationale des agriculteurs, Coldiretti (Italie), avec son communiqué intitulé
« Manifeste Grands Carnivores, l’UE oublie l’agriculture) du 27 février 2014

-    la Confédération Paysanne, la Coordination Rurale, la Fédération Nationale Ovine, la FNSEA, les Jeunes Agriculteurs, Eleveurs et Montagnes, et des associations françaises de défense du pastoralisme, et d’autres, qui dans leur ensemble représentent en France tout le monde du pastoralisme et de l’élevage,  avec leur communiqué commun du 5 mars 2014

déclarent que :

à la différence de l’époque où des accords internationaux furent signés et des politiques de protection décidées dans le but d’éviter l’extinction des grands carnivores européens, aujourd’hui ce ne sont plus les loups, les ours et les lynx qui sont en danger d’extinction en Europe, mais bien les bergers et les éleveurs de montagne ;

le retour aveugle du loup, comme celui de l’ours et d’autres grands prédateurs en montagne et dans les campagnes européennes est incompatible avec la présence de l’homme, et donc nuit au présent et au futur des populations qui y vivent et y travaillent et même à la fonction touristique de ces territoires pour les populations urbaines ;

l’imposition par des lois et par des politiques publiques - sans tenir compte de la volonté de populations directement concernées - de la proximité entre grands carnivores et habitants des hautes terres aujourd’hui, et des campagnes de plaine demain, est une initiative autoritaire des Etats et de l’Union Européenne prise dans le dos des populations concernées.
Une initiative prise sous la pression de sentiments qui sont, ce n’est pas un hasard, surtout répandus chez les habitants des grandes zones urbaines, qui de ce fait ne peuvent pas avoir l’expérience appropriée et ne disposent pas d’informations objectives sur la réalité de la coprésence des hommes et des grands carnivores sur un même territoire. Une initiative qui,
dans la mesure où elle aboutirait, équivaudrait à un décret d’expulsion des gens des Alpes et des hautes terres de leur lieu de vie ancestral

en conséquence demandent fermement que :

1.    on établisse le principe que les problèmes posés à tous les niveaux par la proximité entre faune sauvage, vie humaine et activités agro-pastorales ne soient plus dorénavant abordés comme corollaires à l'intérieur des programmes de protection de la faune sauvage elle-même mais plutôt dés le départ au siège politique, donc avec la participation inéluctable des représentants des populations et des catégories directement concernées, bergers et éleveurs, ainsi que d’experts de leur choix ;

2.    la convention de Berne pour la protections des grands prédateurs, en particuliers du loup et de l’ours, soit renégociée, notamment l’art.22 de la Convention afin que les Etats signataires puissent à volonté modifier les réserves relatives aux espèce protégées par la Convention et adaptent la règlementation à la dynamique réelle des espèces ;

3.    le Manifeste sur les Grands Carnivores de la Commission de l’UE actuellement en phase de consultation soit retiré et qu’un nouveau texte soit rédigé avec la contribution active d’experts désignés par les organisations d’agriculteurs, d’éleveurs, et de chasseurs ;

4.    l’adéquation de la législation en vigueur et des politiques publiques environnementales à tous les niveaux soit vérifiée avec la contribution active d’experts désignés par les organisations d’agriculteurs, d’éleveurs, et de chasseurs ;

5.    les Etats assument l’entière responsabilité de l’introduction de grands prédateurs dans l’arc alpin, avec tous les effets secondaires qui s’en suivent, sans prétendre, comme en Suisse, en appeler à un principe de droit romain aujourd’hui dépassé : celui selon lequel les grands prédateurs vivants seraient « res nilius » (biens sans maître). Dans la condition moderne, la faune sauvage subsiste parce qu’elle est protégée et gérée par les Etats qui en sont donc les détenteurs responsables en regard des codes de droit civil, tout comme sont responsables pour ce qui les concernent les détenteurs d’animaux domestiques ;

6.    la formule d’indemnisation par des assurances pour les dommages causés par la prédation des carnivores ne soit pas considérée comme résolutoire ; car, en premier lieu, avec une telle formule les dommages indirects souvent plus graves que les directs ne sont pas couverts, et en second lieu, la responsabilité civile en la matière de l’Union Européenne (pour les Pays qui en font partie), de l’Etat et d’autres organismes de gestion du territoire éventuellement impliqués devient, de fait,  inopposable.


Poschiavo, (Les Grisons, Suisse), le 29 Mars 2014

www.forumterrealte.wordpress.com

www.eleveursetmontagnes.org

www.atsenzagp.org

www.orsotrentino.blogspot.it

www.amamont.eu

www.alteterre.org

www.montagnaviva.ch

www.ruralpini.it

www.antiloupwolf.ch

www.obergoms.ch

 

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Déclaration de Poschiavo en italien

Déclaration de Poschiavo allemand

Déclaration de Poschiavo français

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Traduction du document original de l'association Alte Terre

 par Lynda Brook

Considérations générales

En cette première décade du XXIe siècle on assiste dans les Alpes occidentales à l’acte final d’un processus séculaire, qui s’est aggravé pendant les dernières décennies et qui a conduit les Hautes Terres du Piémont d'une condition ​​de relative prospérité (surtout en comparaison des conditions féodales des campagnes de la plaine), de richesse culturelle et spirituelle, d'autonomie locale et de liberté individuelle, à une situation d’appauvrissement progressif, d'exploitation extérieure des ressources, de privation d’autonomie et de liberté jusqu'à l’état actuel ​​d'abandon, de dépeuplement, de désolation. Le retour des loups, piloté par l’extérieur, semble vraiment être le signe le plus emblématique de la fin prochaine de la vie humaine dans l'espace alpin occidental.

Si on cherche une date historique à partir de laquelle la civilisation alpine occitane a entamé son déclin, a progressivement rencontré des obstacles insurmontables, cette date est sans doute 1713 avec la paix d'Utrecht, quand le contrôle des vallées alpines du Piémont passa à la monarchie de la Maison de Savoie à Turin. Depuis cette époque on imposa militairement aux Hautes Terres un contrôle extérieur et étranger, qui commença à saper les traditions d'autonomie et de liberté, en désignant une frontière « nationale », auparavant inexistante, avec la France. Dans la seconde moitié du XIXème la naissance de l’Etat italien de la Maison de Savoie, avec l'industrialisation progressive du pays, augmenta la pression, y compris fiscale, sur la montagne, commençant à créer un écart significatif de développement entre montagne et plaine.

Au XXe siècle, ce processus colonial s’amplifia, en particulier pendant la période fasciste, mais ce fut les deux guerres mondiales qui portèrent le coup de grâce au tissu socio-économique de la montagne, avec la décimation de plusieurs générations de jeunes hommes qui perdirent la vie dans ces guerres qui n’étaient en aucune façon les leurs. Avec la fin de la Maison de Savoie et la naissance de l’Italie républicaine on perdit peut-être la seule chance historique d'inverser ce processus commencé avec la domination de la Maison de Savoie. Profitant de la Résistance partisane, active justement dans les montagnes, de la défaite militaire italienne et de l'effondrement des institutions centrales il aurait fallu revendiquer des instances autonomistes à la table des négociations qui auraient permis aussi dans le Piémont de constituer une Province autonome de montagne, comme les Valdôtains et les Trentins avaient réussi à obtenir (ce n’est pas un hasard si leur montagne aujourd'hui ne souffre pas des problèmes de la montagne Piémontaise ou Lombarde) : ce furent les demandes exprimées dans la Déclaration de Chivasso que seules les vallées vaudoises dans le Piémont ont été en mesure de soutenir. On perdit l'occasion de repenser avec clairvoyance un futur non plus périphérique et en marge par rapport à la ville ; à partir des années cinquante, il devint inévitable de subir l'attraction fatale de l’industrie de la plaine (en particulier Fiat ou Michelin) ou de rendre l’émigration au-delà des Alpes définitive, auparavant expérimentée seulement de façon saisonnière : ainsi commença un exode qui dépeupla presque entièrement les Alpes occidentales en quelques décennies.

C’est une perception partagée par tous ceux qui vivent encore en montagne de se trouver proche d’un point de non-retour, précisément à la fin d'un parcours historique vers une nouvelle montagne ré-ensauvagée, où l'espace pour l’agir de l’homme est des plus réduit : ce n’est plus ce paysage alpin, équilibre dynamique entre nature et travail humain, mais un ensemble sans harmonie qui n’est plus défendu par la communauté locale, une proie facile pour la spéculation et l'exploitation des ressources primaires par des sociétés extérieures quottées en bourse.

Ce n’est donc pas sans fondement qu’il faut se demander si une telle issue néfaste est désormais inévitable, ou si, au contraire, il y aurait encore de la place pour un projet de renaissance de la civilisation alpine. Vérifier si c’est toujours possible est une hypothèse qui doit être prise en considération, pas seulement par ceux qui ont à coeur le destin des Alpes habitées, mais aussi par ceux qui aujourd’hui rêvent d'un meilleur scénario pour tous les territoires ruraux marginaux, collinaires ou montagneux qui existent (et en Italie ils représentent environ 70% du territoire !).

Il est bien certain que les espaces d'action pour ceux qui administrent les Communes de montagne sont maintenant très étriqués, rendus à leur minimum historique. En réalité il faut reconnaître que ce n’est pas seulement la montagne, mais le pays Italie dans son ensemble qui vit une forme de souveraineté limitée, avec peu de possibilité d’autonomie effective pour les décisions politiques essentielles. Pour les administrateurs locaux, il est même difficile aujourd’hui de trouver des interlocuteurs valables au niveau régional et national qui puissent apporter des réponses aux besoins concrets des territoires.

Les institutions publiques et les hommes politiques qui les représentent semblent être devenus sourds, fixés sur eux-mêmes, peut-être parce qu’ils sont presque entièrement privés de capacité de dépenses au niveau local. En effet, la soi-disant « crise économique » resserre les cordons de la bourse à tous les niveaux, avec des conséquences explosives dans les rapports de pouvoir et dans la gestion du consensus. La crise de l'État nation, du système bancaire et financier, du système de production et de l’organisation du travail, des formes de représentation politique et de démocratie comme nous les avions connus jusqu'à maintenant montrent un état général d’instabilité qui touche l’Occident capitaliste dans ses fondements mêmes. La crise économico-politique que nous somme en train de vivre semble être structurelle, à long terme, non cyclique, ni résoluble avec des ajustements partiels ou superficiels. S'il est difficile d’en prévoir les issues possibles, il semble clair que le scénario politique du futur proche sera très différent de celui auquel nous avons été habitués : nous devons le garder à l'esprit si nous voulons travailler aujourd’hui à ​​un projet politique pour les Alpes. Il serait inefficace - inutile - de penser à une renaissance de la montagne Piémontaise à l'intérieur du cadre institutionnel connu, destiné, au-delà des simples intentions, à une probable fin prochaine.

Peut-être que le moment historique actuel où tout semble perdu est porteur de bouleversements capables de rouvrir les jeux pour la région alpine, qui en raison de ses caractéristiques naturelles et historiques si singulières pourrait avoir à nouveau des cartes importantes à mettre sur ​​la table des négociations à venir pour une nouvelle Europe des peuples. Même s’il existe des signes encourageants dans ce sens, ne nous cachons pas que le chemin pour le moment est tout sauf facile. Nous ne savons pas avec certitude si cette occasion historique se présentera vraiment aux gens de montagne, désormais exclus depuis des siècles de la gestion du pouvoir sur leur propre territoire, mais certainement qu’apparaîtra un interstice de liberté et d'autonomie et il faudra être prêts pour ne pas le laisser filer, parce qu’il sera difficile d’avoir une seconde chance. Pour cette raison, si on ne veut pas avoir des regrets un jour, il est nécessaire de déjà commencer à se préparer pour avoir de nouvelles élites, notamment parmi les jeunes, capables d’administrer les territoires de montagne, en élaborant un projet politique stratégique pour les Hautes Terres de demain sur lequel construire des alliances et un consensus dans tout l’arc alpin.

Finalité

L'esprit et l'action de ceux qui gouvernent la montagne « piémontaise » doit se concentrer sur l’objectif fondamental de rendre encore possible, en améliorant peu à peu les conditions précaires actuelles, le maintien de l'homme sur la montagne, véritable espèce en voie d’extinction, dans le respect de l’écosystème alpin dont il a été depuis des siècles le pivot central. Ne pas pleurer sur notre sort et gérer la fin d’une expérience millénaire, mais des actions concrètes pour promouvoir un développement ciblé et soutenable.

Objectifs stratégiques

1. défense et développement du secteur primaire;

2. gestion des ressources locales (eau, forêts, pâturages, faune sauvage, énergies renouvelables), véritables biens communs aujourd'hui le plus souvent inaccessibles pour les communautés locales, mais pourtant nécessaires à leur subsistance;

3. soutien aux entreprises artisanales de qualité, qu'elles soient traditionnelles ou innovantes;

4. aide aux familles et à l'enfance;

5. défense et valorisation de la culture et de l’identité locale, comme lien social à l'intérieur et à l'extérieur pôle d’attraction pour un tourisme de qualité, en particulier étranger. L'espace alpin de langue occitane doit être capable de présenter une image définie et reconnaissable qui serve aussi bien en termes politiques que pour une renaissance économique;

6. recouvrement et conservation du paysage alpin qui a caractérisé la montagne habitée par l'homme pendant des siècles : pas un espace sauvage règne incontesté du reboisement et de la faune sauvage pour satisfaire les rêves de wilderness de la fausse conscience de la ville, où les possibilités d’existence du montagnard ont été peu à peu réduites, mais un environnement façonné par l’action de l’homme en équilibre avec la nature;

7. mise en œuvre de formes innovantes de gestion des services publics essentiels, comme le transport, l'enlèvement de la neige, l’aide à domicile et sanitaire, la scolarité, la poste.

Actions concrètes pour une table ronde des maires de montagne

  • créer un réseau permanent d'échange et de collaboration;
  • déterminer des projets pilotes à réaliser dans les vallées de manière coordonnée (par exemple, le problème des transports);

  • se positionner vis à vis des organismes publics de niveau supérieur (Province, Région, Etat, Communauté Européenne) de manière unitaire, en se dotant d’une organisation supra communale (même légère et pas encore structurée juridiquement) qui puisse dialoguer avec ces institutions (une sorte de Grand Conseil communautaire );

  • former une opinion publique locale favorable au changement et à l'innovation dans le sens des objectifs stratégiques précédemment décrits, à travers, par exemple, des assemblées locales périodiques, avec présentation de projets, discussions, participation de la population (en particulier du peu de jeunes restants et du coté entreprenarial le plus actif) à des initiatives concrètes. Il faut commencer à réapprendre des formes de démocratie participative de la base, peut-être en s’inspirant de ce qui se passe en Val Susa, qui s’est organisée pour faire face au projet du TGV (Lyon-Turin). N’attendons pas une menace extérieure évidente pour apprendre à gérer notre propre territoire!

  • trouver une figure d'Ambassadeur des Hautes Terres occitanes qui tienne le rôle de porte-parole des instances de la montagne auprès des organes de presse, des télévisions, de l'opinion publique en dehors des vallées, des différents congrès et assemblées dans lesquels on parle régulièrement de « montagne » ;

 

  • organiser une sorte de Comité des sages, composé de personnalités de valeur scientifique reconnue, tels que des universitaires, des professeurs, des techniciens, qui soutiennent avec des recherches et des données les politiques de montagne qu’on veut entreprendre.

 Source http://www.alteterre.org

 

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