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31.03.2015, Robi Ronza - En compagnie des loups? Même les verts se rebellent: La Nuova Bussola Quotidiana, 30 marzo 2015

Article de presse de Robi Ronza
Traduction par Marie Sabotier

La semaine dernière, lors de deux attaques différentes à quelques jours d’intervalle, un ou plusieurs loups ont agressé les brebis d’un éleveur de Sinio (Cuneo), en tuant 14 et blessant plusieurs autres. Sinio est un village des Langhe situé à seulement à 15 km d’Alba, une ville industrielle.

Robi Ronza

Robi Ronza, journaliste

Ayant trouvé de l’espace sur les pages d’un important quotidien, La Stampa de Turin, la nouvelle a eu plus d’écho que d’autres récents épisodes similaires survenus dans les Alpes ou les Apennins. Bien que largement censuré pour ne pas déplaire aux « verts » (gens des villes beaucoup plus nombreux et influents que les bergers et les éleveurs des hautes collines et de montagne), se défendre du loup et de l’ours en dehors des quelques zones réduites où l’un et l’autre subsistent est en train de devenir un sérieux problème. Nous commencions déjà à le rappeler il y a deux ans (lire par exemple « Les loups reviennent et chassent l’homme » La Nuova Bussola Quotidiana, 15 novembre 2013, (en français ici)), mais depuis lors la situation a empiré.

 

Non seulement en Italie, mais un peu partout en Europe occidentale, tout comme aux États-Unis. Tandis qu’ailleurs en Europe on peut au moins en discuter et qu’aux États-Unis la chasse de régulation est déjà autorisée, dans notre pays la censure reste quasi totale.

Mis à part des articles haineux envers ceux qui osent affirmer un fait évident : c’est-à-dire que la proximité entre l’homme et les grands carnivores tels que le loup, l’ours et même le lynx est impossible. Comme de grosses meutes de loups ne se sont pas encore reformées pour le moment, nous en sommes encore dans la phase des attaques ne touchant que le bétail domestique, qui représentent un dommage considérable pour le pastoralisme et l’élevage bovin et équin en plein air. Cependant si de telles meutes devraient se reformer, l’homme serait aussi directement en danger. On peut par exemple penser à des alpinistes ou des randonneurs malchanceux, à des survivants blessés d’accidents de la route en attente de secours dans des lieux déserts, à des personnes fragiles s’étant égarées, et pas seulement.

D’autre part, dans le cas tragique du crash de l’avion de la Germanwings dans les Alpes de Haute Provence, on a dû prendre en compte l’arrivée des loups attirés par la présence des restes des victimes sur le lieu de l’accident ; et pour l’éviter on a ordonné d’allumer des feux et de prendre d’autres mesures.

Sommes-nous en train de revenir à la lutte contre les fauves ?

Cela semblait impossible, mais nous nous en approchons. Et pour une raison qui n’est pas du tout secondaire. A la base de cette question se trouve l'effondrement de la règle de l’évidence : en bref, le remplacement des faits par des opinions, que le philosophe Friedrich Nietzsche, sombre précurseur de la crise de notre époque, préconisait il y a environ cent vingt ans. En ce sens, la volonté inconsidérée de faire revenir les grands carnivores là où demeure l'homme est un autre produit de ce même sommeil de la raison qui est à la base, entre autres, de l'affirmation que la sexualité selon la nature et l'homosexualité sont équivalentes ; ou de la décision de s'acheter une prétendue maternité ou paternité par l’acquisition de sperme et/ou d’ovules et même en louant l’utérus d’une tierce personne. Nous sommes toujours, quoique de manière et dans des contextes très différents, face au même refus de l’évidence et à la même substitution des faits par des opinions.

Revenons maintenant spécifiquement à notre sujet d'aujourd'hui, dont il faut noter qu’il est en train de marquer un virage important. Jusqu'à récemment, il semble qu’en Italie les paysans de montagne, les éleveurs et les bergers aient été seuls dans la mobilisation contre la proximité avec les grands carnivores qu’on veut leur imposer sous la pression des « verts ». En mars 2014, un groupe d’associations de bergers et d’éleveurs avec des experts à leur côté se sont réunis lors d’une conférence internationale à Poschiavo (Grisons, Suisse), et ont cosigné la « Déclaration de Poschiavo », disponible sur Internet en italien et dans les trois autres langues les plus parlées d’Europe : un document très légitime, mais néanmoins resté sans écho par rapport à l’importance objective du problème posé.

Aujourd’hui une aide inattendue mais très significative pour cette bataille arrive d’une association écologiste de grand prestige, l'Association italienne pour la wilderness, AIW, dont l’objectif est justement la création de « wilderness », c’est à dire de zones forestières uniquement réservées aux animaux sauvages et à la flore spontanée. En vertu de son expérience unique en la matière, l'AIW est entrée en jeu le 26 mars dernier dans un document où elle déclare inacceptable « l'idée qu'un animal comme le loup puisse vivre librement dans les zones hyper urbanisées et cultivées de l’Europe centro-méridionale sans créer de problèmes pour la vie humaine, tant par les prédations sur le bétail et autres animaux domestiques que par le risque d’agression sur l’homme (...) ».

« Il n’existe aucune nation au monde où l’on permette aux animaux prédateurs de grande taille de vivre à proximité des zones densément peuplées par l'homme ; une politique de limitation numérique devient donc de plus en plus urgente, en prévision aussi des naissances de ce printemps, qui entraîneront une croissance exponentielle de la population lupine difficile à évaluer (…). Si l’on ne veut pas le loup soit à nouveau exterminé, il faut que les autorités prennent des mesures pour maintenir bas le niveau de sa présence, sinon les citoyens se sentiront obligés d'intervenir eux-mêmes pour protéger leurs intérêts et leur sécurité à cause d’une réaction de peur humaine et compréhensible (...). »

Sur la base de son propre intérêt qui est que le loup ne disparaisse pas, c'est-à-dire d’un point de départ opposé à celui des associations de bergers et d’éleveurs qui s’étaient exprimées dans la Déclaration de Poschiavo, l’AIW en arrive en somme à des conclusions qui sont largement compatible avec celle-ci.

Il se dessine ainsi une alliance importante, qui aurait cependant besoin de trouver un soutien également en dehors des zones directement concernées.

Source: https://robironza.wordpress.com/